Trop tard

Posted on 16 Φεβρουαρίου, 2013 3:41 μμ από

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ΑΣΤΕΓΟΙ-ΣΤΗΝ-ΑΘΗΝΑ-3Il y a quelques semaines, mon ami To Vytio a écrit ce texte. Je l’ai traduit en français, comme ça vous pourrez capter un peu ce que c’est vivre en Grèce, à l’aire des Mémoranda.

Auparavant, mais il y a pas très longtemps, je pensais qu’il est possible de réposer son regard fatigué du délire de la télé et des difficultés générales. Une ballade courte dans les quartiers d’Athènes avait souvent la force de soulager, puisque la ville cachait des petits beaux coins et toute sorte de miracles. Ces jours-ci, marcher jusqu’à son boulot, si tu en as un, ou jusqu’au Service de Chômage, si tu en es qualifié, toute sorte de “marcher” a l’air d’être une course insupportable. Nous nous sommes habitués à faire du slalom pour éviter les corps allongés sur les trottoirs, nous nous sommes habitués à dire “non” aux mendiants des feux rouges, leurs petits panneaux sont automatiquement traduits en mots inconnus. A Koukaki et à Nikéa, les enfants comptent des panneaux “à louer”.

Samedi dernier, j’étais dans la voiture au quartier de Vyronas, je me suis arrêté au feu rouge. Je regarde le coin en face, un homme, à sa quarantaine, il est debout au trottoir. Je me rends compte qu’il regarde la poubelle à côté. Puis, il sort un jeans de la poubelle. Il cherche le badge à l’intérieur du pantalon. Il cherche la taille. Au moment où il le pose sur lui, comme s’il était en train de l’essayer dans un magasin, le feu tourne au vert. A travers la sécurité de mon miroir -comme de l’écran dans la salle de sejour-, je suis le résumé des journaux télévisés et des sessions du dit Parlément grec, des trois dernières années. L’homme s’élloigne de la poubelle et de mon champ de vision, le pantalon à la main, notre dignité à la main. Si on veut être justes, tous les deux se trouvent dans la poubelle.

L’autre jour, j’ai rencontré mon ami P., ça fait un an qu’il est au chômage, et automatiquement j’ai pensé à un des derniers entretiens qu’il a faits. C’était dans un magasin, pas loin de la gare, ils cherchaient un employé, 6 jours/semaine, 8 heures/jours, 450 euros/mois. “Tu sais pas ce qui se passe là dehors?”, c’était les propos du monsieur qui prendrait la décision pour l’embauche. A chaque fois que je rencontre un chômeur, c’est à dire très souvent, j’ai peur que si je lui demande comment il va, sa réponse sera “Tu sais pas ce qui se passe là dehors?”. Vous savez pas ce qui se passe là dehors? Là, dans le monde incroyablement dur, le monde des petites annonces et des entretiens, c’est là que notre vie se joue.

Samedi dernier, au concert antifasciste à la place Syntagma, le chanteur commence à chanter les vers bien connus “Qui, qui chasse ma vie, pour la coincer dans le noir de la nuit”. A côté de moi, des gens de la communauté pakistanaise ont une banderole avec la photo de Shakhzad Loukman, l’immigrant assassiné par l’Aube Dorée. Il est très difficile de décrire le sentiment d’électrocution qui traverse les corps, quand ils se trouvent face à des réalités ainsi dures.

A ce moment là. toutes les excuses sont automatiquement annulées, et en une fraction de seconde, tu es transformé en ce type là dans le film, celui qui a voulu, qui a pensé, qui a bien considéré d’arrêter la tragédie, mais qui n’y a pas réussi. Il est extrêmement difficile de ne pas avoir hônte au moment où ce vers se retrouve en face de cette photo. Cette chanson, que mon père écoutait dans la voiture, quand j’étais enfant, elle n’était une vieille cassette rétro, elle était l’avenir grincheuse que je n’aurais jamais pu m’imaginer. Nous ne sommes pas en train d’étudier l’histoire, nous sommes en train de la suivre en direct, et nous ne voulons pas le dire, mais c’est vrai “pour quelqu’un dans le monde il est déjà tard”.

Les fanatiques de l’austérité des autres ne cessent de répeter depuis trois ans, qu’il faut enfin laisser de côté le populisme, l’absurdité et les sentimentalismes. Ils nous faut un projet, disent-ils, de la logique, ça va de soi, des reformes, et tout ça vient avec le satané, mais indispensble comme l’oxygène mémorandum. Personnellement, j’aime bien me rappeler de ce personnage d’un roman de Christos Vakalopoulos qui disait: “je préfère souffrir à Exarcheia, au lieu de regarder des Scandinaves faire des réformes”.
Existe-t-il, alors, ce monde où, effectivement on va souffirir, mais qu’il sera pas toujours tard pour nous?

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